Mail 13 28/08/99 13:23 - Comment Tam inventa les cocktails et le début du fameux jusdab traficoté (1)

Au début dans le café du coin, il y avait 2 types de clientèles. Les buveurs d'alcool et les buveurs de jus de fruit.

Pour être précis, il n'y avait que deux types de boissons. Le rhum et le jus d'abricot. Le rhum c'est léger à digérer et facile à préparer. Mais le problème, c'est que le buveur de rhum était gros et rouge, et violacé, et son cou était épais, et sa poitrine était velue, et son visage était couvert de boutons, des milliers de gros et sales boutons qui mûrissaient à tour de rôle, - beurck ! - Et cela lui faisait très mal, et lui nuisait auprès de ces dames, surtout dans les slows, joue contre joue, et mettez vous à notre place. Tout cela à cause de la force que donne le rhum, vous comprenez ?

Cette force courait dans le sang des types, et ce sang devenait épais comme de la confiture de coings, et la force devenait plus forte que les types, et alors elle les étranglait par en dedans. Eh oui ! On a appelé cela : La Six Roses. Ma foi, parce qu'on mettait cela sur les tombes des buveurs de rhum.

Bon et puis il y avait aussi d'autres clients qui ne buvaient que du jus d'abricot, juste à côté. Et sur leur table, il n'y avait que des jus d'abricot et d'ailleurs ils n'imaginaient pas qu'on puisse boire autre chose. Ces jus étaient fait à partir de gros abricots, bien juteux, et il y en avait toute l'année. Oui dans ce temps là, c'était comme ça, il n'y avait pas toutes ces cochonneries d'inventions qui détraquent le temps, la nature, c'était la nature dans ce temps là.

Bon, revenons à nos buveurs de jus d'abricot. Ils ne buvaient que ça. Ils en buvaient à s'en faire péter les boyaux du ventre et en effet, Il faut dire que l'abricot possède un assez faible pouvoir nutritif, et que donc, il faut en boire vraiment beaucoup pour se soutenir la santé. Il faut dire que les meilleurs auteurs en la matière s'accordent même pour attribuer à l'abricot un pouvoir purgatif non négligeable, ce qui entraîne comme conséquence que plus on en boit plus on se vide, cela constituant, vous l'aurez constaté sans aucun doute, un paradoxe de l'espèce, la plus pernicieuse. Mais à l'époque on ne le savait pas et de toute façon on n'imaginait pas qu'on puisse boire autre chose. Bref, ils se saoulaient au jus d'abricot par le haut et l'évacuait par le bas simultanément. Or le pouvoir purgatif augmente, d'après la loi du Petit Patapon, comme le carré du poids de l'abricot avalé, alors que le pouvoir nutritif n'augmente, lui, pendant le même temps, suivant la loi Ducon et Lajoie, que du dixième de ce même poids d'abricot.

Il arrive donc un moment où les clients de jus d'abricot évacuent plus vite qu'ils n'avalent et ou le bilan de l'opération est déficitaire. L'allure de ce déficit croissant rapidement suivant une exponentielle qu'exprime, avec une approximation très satisfaisante, la paraboloïde à festons et à clochettes soit v² = mgh * cos(alpha)

Sur le plan clinique, ce phénomène se traduit dans les faits par le tableau suivant : ventre flasque, amaigrissement généralisé, genoux tremblants, joues verdâtres, nez brisant faiblement la brise du matin.

D'ailleurs il arrive que les clients de jus d'abricot, n'ont même plus la force de porter leur verre à la bouche.

Comme vous pouvez le constater, ces 2 types de clients étaient, chacun de leur côté, à leur façon, en bien triste état. Et ils se regardaient les uns les autres dépérir chacun à leur table, car je ne sais pas si je vous l'ai dit, elles étaient mitoyennes. Et les types au rhum, - appelons les une bonne fois pour toutes : Lacloche, ne soyons pas cérémonieux comme ça - en fait les Lacloche savaient très bien que pour recouvrer la jeunesse et la beauté il leur fallait trouver quelque chose dont le pouvoir purgatif et dépuratif ramone la tripe, éclairci le sang et débarbouille le teint.

Et les types aux abricots, - appelons les Manueyenamarredetesconneries, c'est un très joli nom. D'accord ? Espérons qu'il n'est pas déjà pris, mais ça m'étonnerait, un nom bête et compliqué comme ça ! - (n'est ce pas Dy :-)) - bon et bien chaque Manueyenamarredetesconneries savait parfaitement qu'il lui fallait trouver quelque chose pour retaper sa femme.

Si vous avez bien tout suivi, vous avez certainement compris qu'à ce stade la situation était sans issue. Ce que nous autres, les hommes de sciences (en abrégé la femme) appelons « les conjonctures bloquées », à moins qu'une impulsion fortuite, provenant d'une source d'énergie extérieure ne vienne relancer sur une voie l'enchaînement harmonieusement alterné des causes et des effets.

Et justement, l'impulsion vint. Et elle fut comme je vais vous dire dans mon prochain mail quand j'aurais fait à manger pour 2 hommes, la vaisselle, le repassage, le ménage, le ....

A je ne sais pas quand !

Bisous.

Emmanuelle dite Manue    Manue@antisocial.com
L'Obscur Web :     http://www.citeweb.net/obscur


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