Mail 11 21/08/99 08:22 - Les débuts de l'écriture

Tout au début, les internautes ne s'écrivaient pas vraiment. D'abord ils ne savaient pas. Et puis, ils n'avaient pas besoin. Les relations humaines sur le net étaient encore rudimentaires ne nécessitant que des échanges d'idées très simples auxquels pourvoyaient aisément quelques signes de ponctuation dont la signification avait été mise au point une fois pour toutes.

Vous rencontriez, par exemple, au cours d'une ballade sur IRC, un couple de votre connaissance. Vous tapiez avec bonhomie :

  • « yo », ce qui , chez tous les internautes a toujours signifié « ça boume ? ».
L'autre répondait aussi :
  • « yo », ce qui veut dire « ça biche ».
Vous tapiez ensuite :
  • :-(c)
  • <=
  • :-*
  • K:P
  • :-`

Cela vous dire que vous baissiez votre bras d'un geste vif et printanier avec un petit programme à peine dégrossi appelé Nukesilex et qui ouvrait en deux l'angle facial de l'autre monsieur. La dame, comprenant à demi-mot le langage des smileys vous suivait sur votre site ou elle faisait connaissance avec vos antérieures compagnes au moyen de smileys eux aussi très expressifs.

Bien sûr si l'autre avait dégainé plus vite ses smileys, vous restiez sans place pour mettre les vôtres

De toute façon, le dernier mot, si je puis dire, restait à celui qui savait le mieux manier les ponctuations, ce qui montre bien que c'était un bon système. On vit même apparaître des pages entières pour expliquer les smileys. Mais comme on n'avait pas encore inventé l'écriture personne ne les lisait ( exemple faisant partie du musée de la préhistoire du net : http://perso.wanadoo.fr/chrisworld/smiley.htm

Mais bientôt la vie devint plus compliquée. Les progrès foudroyants de la technique exigeaient un tel vocabulaire que parler par smileys était une fatigue et une perte de temps. Qu'on se figure seulement les smileys nécessités par une petite phrase tout simple comme celle-ci : Ce verre de

jus d'abricot m'appartient parce que la marque du rouge à lèvre sur le bord du verre est à moi puisque mon rouge à lèvre est rose et justement si le rouge à lèvre qui est au bord du verre est rouge c'était exprès pour mieux tromper le barman et puisque ton rouge à lèvre est rouge ça prouve bien que tu es une sale menteuse et si tu viens chercher des histoires tu vas les trouver et ... nom de dieu , le barman, voilà qu'il enlève le verre et qu'il part avec, non mais, espèce de bon à rie..., pff ... pfff.., MAMAN !!!!!

Il fallait de toute urgence trouver un moyen de communiquer plus approprié à la vie moderne. Bien des systèmes furent mis à l'essai. Entre autre le HTML craché. On crache un mail en HTML dans l'oeil de son interlocuteur. Un coup pour oui, deux coup pour non, trois coups pour p'têt ben. C'était un progrès. Mais comment poser les questions ?

Il y eu le langage des cartes postales. Tu envoyais un URL avec une carte postale à aller voir.

  • Une carte postale blanche :« Je pense à vous mais je n'ai rien fait ».
  • Une carte postale avec une rose « Amour ardent ».
  • Une carte postale avec une cigogne, «  Le bébé est né ».
  • Avec 2 cigognes « C'est son anniversaire ».
Mais comment dire
  • « Va me chercher Tam au fond de la cave qui est en train de boire avec JMG et n'oublie pas de remonter une bouteille de champagne pour Nathalie et puis rapporte moi aussi de quoi offrir une tournée à tout le monde ou gare à tes fesses ! ».
Il y eut le langage des signatures .
  • Une signature d'une ligne « J'ai réussi à faire une page Web ».
  • Une signature avec des ponctuations : « J'ai une pensée du jour à vous dire « .
  • Une signature avec Bill dedans : « Je suis un Linuxien ou Macintochien ».
  • Une signature de 20 lignes : « Je suis un oiseau rare ».

Bref ce n'était pas ça. Et le net faillit bien mourir dans l'œuf faute d'un véhicule un peu à la hauteur.

.... La suite : Comment Jean-Marie en posant une question fit inventer l'écriture !

Emmanuelle dite Manue    Manue@antisocial.com
L'Obscur Web :     http://www.citeweb.net/obscur


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